Surprise du jour : ML ayant pris une journée de congé, Jo leur a réservé une virée aux Iles du Salut en Catamaran de 18m avec le prestataire Tropic Alizés !

Les Îles du Salut forment un archipel constitué de 3 îlets à 14 km au large de Kourou : Île Royale, Île St Joseph et Île du Diable. Cette dernière est interdite d’accès

RDV fixé à un des débarcadères de Kourou à 7h30. En arrivant, nous découvrons quelques groupes en attente du départ. Celui-ci se fait sous un ciel peu engageant, avec 28 personnes à bord. Très rapidement, les groupes de « jeunes » s’installent sur les filets pour profiter des embruns, mais après plusieurs dizaines de minutes, ils s’en trouvent délogés par les « éclaboussures » d’eau de mer, la houle s'étant bien levée.

Catamaran

La démarcation entre l’eau de couleur marron qui longe les côtes guyanaises et l’eau de couleur beige qui entoure les iles du salut, est flagrante. En effet, l’Océan Atlantique qui baigne les côtes guyanaises est coloré par les sédiments des fleuves (Maroni à l’ouest, Oyapock à l’est) et des rivières (Mana, Sinnamary, Approuague, la Comté) qui s’y jettent.

Entre ciel et mer

Après près d'1h40 de trajet, nous contournons l’île St Joseph pour mieux voir l’ile du Diable. Une légère pause nous permet de faire quelques prises de vue tout en écoutant les explications historiques données par le skipper, et nous contournons l’île Royale où nous débarquons pour une visite libre des lieux.

L’ile Royale est la plus grande de ces 3 îles où y étaient installés l’hôpital, l’administration pénitentiaire et le Commandement du bagne. Certains bâtiments comme l’ancienne maison du Commandant, l’église, les cellules disciplinaires ont été restaurés, alors que d’autres comme l’asile et l’hôpital sont restés en l’état. Nous regrettons qu’un espace n’ait pas été mis en place pour une reconstitution de la vie des différentes époques.

Nous avons pu rencontrer de prêt, et même de très prêt pour Jo, la faune dont les singes pas le moins du monde effarouchés : on voit bien qu’ils sont habitués à voir les touristes, tout en restant sauvages.

singe saïmiri Agouti transportant une mangue

Après une pause rafraichissement dans l’unique restaurant : L’Auberge des îles, nous avons fait le tour de l'île tranquillement et profité des lieux aménagés qui nous ont permis de nous poser et d’admirer l’horizon : la cellule de Dreyfus sur l’Ile du Diable, la côte rocheuse de l’Île St Joseph battue par les vagues…

Ile du Diable - Maison de Dreyfus

Comme l’ensemble du groupe, nous nous retrouvons sur le quai après 2h30 de déambulation, pour remonter à bord du catamaran où chacun a pu prendre son repas pique-nique après un bon petit planteur offert par le prestataire.

La digestion s’est faite par un bon plongeon autour de l’embarcation.

Certains ont relevé le défi, lancé par le skipper, de rejoindre la terre de l’Ile St Joseph à la nage. Joseph ne pouvait pas manquer ça ! Les moins téméraires, comme ML, ont rejoint la terre ferme avec l’annexe.

Le temps de se sécher et nous voilà parti à la découverte de cette île encore très sauvage où s’y retrouvaient les « punis » du bagne. Les cellules de la réclusion sont disséminées dans un enchevêtrement de végétation. Nous avons la chance d’échanger avec un « gardien » de l’île (légionnaire) qui nous invite à entrer plus profondément dans les coursives pour y découvrir des cellules qui ont encore leur toit en bois, ce qui montre à quel point, il fallait peut-être mieux être en cellule avec un toit fait de barres de fer.

Le bagne - cellule toit fermé

Nous empruntons le sentier qui fait le tour de l’île ce qui nous a permis de découvrir un cimetière surprenant, une plage de sable blanc, de très beaux points de vue sur les 2 autres îles.

La fin de la journée s’annonce et nous reprenons l’annexe pour rejoindre le catamaran qui a repris la direction de Kourou. Les groupes des « jeunes » se sont à nouveau jetés sur les filets où certains ont peaufinés leurs coups de soleil tout en plongeant dans un sommeil profond que la pluie soudaine a perturbé.

Quelle belle journée !

Nous sommes très heureux d’avoir pu en profiter aussi pleinement ; probablement parce que notre excursion se passait en semaine, hors vacances scolaires, hors saison touristique. On nous avait beaucoup parlé des eaux transparentes propices à la baignade … nos expériences exotiques nous font dire qu’aujourd’hui les eaux étaient loin d’être transparentes.

PHOTOS


Un peu d’histoire : D'abord nommées « Îles du Triangle » (en raison de leur disposition), les îles du Salut prirent ensuite le nom sinistre d'« Îles du Diable » en raison des forts courants marins qui rendaient leur accès très périlleux. Les épidémies de fièvre jaune dues à l'insalubrité du climat guyanais, au manque de nourriture et d'eau potable, ainsi que les installations précaires et le manque d'organisation, avaient décimé la plus grande partie des colons d'origine française, convoyés en Guyane pour peupler le territoire. Les survivants, qui trouvèrent refuge sur ces îles au climat plus favorable et dépourvues de moustiques, les rebaptisèrent alors « Îles du Salut ».

En 1793 : construction d’une forteresse pour y accueillir les premiers déportés politiques, à commencer par quelque deux cents prêtres réfractaires.

Avec l'abolition de l'esclavage en 1848 et l'opposition politique grandissante aux bagnes sur le territoire métropolitain, l'idée de substituer des bagnards aux esclaves se fit jour. A partir de 1854, l'administration pénitentiaire y instaura un des bagnes les plus durs au monde, où passeront environ 70 000 prisonniers.

L'île Royale accueillait l'administration ainsi que l'hôpital, l'île Saint-Joseph servait pour les « fortes têtes » et l'île du Diable pour les espions, les détenus politiques ou de droit commun.

Il s'agissait du bagne réputé le moins dur de Guyane. Le taux de mortalité y était inférieur à ceux des bagnes établis en pleine forêt guyanaise, comme le bagne des Annamites. Mais les conditions de détention n'en étaient pas moins humiliantes avec des cellules sans toit, recouvertes d'une simple grille.

Quelque prisonniers célèbres : Alfred Dreyfus (1894), Guillaume Seznec (1923), Henri Charrière (1933 – auteur du livre Papillon).

La fermeture du bagne n’a eu lieu qu’en 1947, alors même qu’elle avait été décidée par un décret-loi en 1938. Les installations pénitentiaires seront laissées dans leur état de grand délabrement jusqu'à l'implantation du Centre Spatial Guyanais en 1965 à Kourou. Les îles du Salut sont devenues la propriété du Centre National d'Etudes Spatiales (CNES) en raison de leur intérêt stratégique, sur la trajectoire des fusées Ariane.

Depuis les années 1980, grâce à l'essor touristique des îles et à la volonté de sauvegarder une partie du patrimoine historique, le CNES a permis la remise en état de la Chapelle de Royale, de la maison Dreyfus (non visitable) ainsi que certaines cellules du quartier des condamnés. Enfin, la maison du Directeur a été aménagée en Musée du Bagne.


Sources et liens : Tropic alizés ; L’Auberge des îles ; Les îles du Salut vues par Wikipédia ; Pour mieux comprendre le littoral guyanais