Aujourd’hui : direction les marais de Kaw.

 

Marais de Kaw

Une réservation auprès d’un prestataire est obligatoire afin de pouvoir profiter de cette réserve. Nous avons fait le choix du Morpho. Plusieurs circuits sont proposés et pour nous ce sera le "circuit découverte".

Réveil de bonne heure (un peu comme pour aller au travail) afin d’être présents au RDV fixé à 9h15 au dégrad (lieu de mise à l'eau de chargement/déchargement des embarcations) de Kaw. Le lieu n’est pourtant pas si éloigné de Cayenne, 80-90km, mais il nous a fallu pas moins de 1h40 pour y parvenir. Malgré la quasi rectiligne du tracé, le tronçon après Roura est beaucoup moins roulant et mérite une vigilance particulière afin de passer ou éviter les nombreux nids de poule.

A notre arrivée, l’écolodge du Morpho accoste et plusieurs passagers y ayant passé la nuit débarquent avec le sourire mais aussi les traits tirés. Le temps que l’équipe nettoie et procède au ravitaillement, et nous voilà embarqué à notre tour.

Nous sommes un petit groupe de 8 personnes. Idéal pour pouvoir se mouvoir sur l’embarcation. Notre guide nous donne beaucoup d’informations sur le site tant sur la faune, la flore et aussi sur l’histoire du lieu. Le Marais de Kaw est une des 6 réserves naturelles en Guyane, créée par décret en 1998. Cette réserve est la 3ème plus grande réserve française avec près de 95000 hectares et est située sur 2 communes : Roura et Régina. Le village de Kaw y est englobé, on ne peut y accéder qu’en pirogue.

Nous avons fait de nombreux arrêts pour observer, écouter la nature. Ainsi nous avons pu voir quelques espèces :

  • faune : aucun reptile ; des oiseaux tels que : le héron Cocoï

    Héron cocoï, l’aigrette (bleue, neigeuse), le martin pécheur, le jacanas noir, la tavèle favorite (ses longs doigts lui permettent de courir sur l’herbe), la buse, l’urubu noir, le classique cul jaune, la sturnelle militaire (on dirait un rouge gorge), et tant d’autres.

  • flore : le moucou moucous

    Les moucou moucous (présent depuis moins de 40 ans en Guyane), la jacinthe d’eau, …

Nous avons fait demi-tour au niveau du Canal Roy long de 7km. Ce canal a été creusé par les esclaves et s’inscrivait dans l’aménagement fluvial pour transporter les marchandises des exploitations vers Cayenne sans passer par la mer (cf. un peu d’histoire ci-dessous).

La matinée est ponctuée par un arrêt au village de Kaw où nous visitons la Maison de la Réserve Naturelle. Nous prenons un petit apéritif et le déjeuner aux saveurs locales dans l’unique restaurant du village. Curieux de tout, c’est sans hésitation que ML a opté pour un plat de viande de cabiaï très bien préparé et savoureux ; tandis que Jo a privilégié l’atipa, poisson dont le corps est recouvert d’écailles osseuses qui lui donne une apparence d’armure. Au final nous avons goûté à tout. ML a trouvé un léger goût de vase au poisson, plus induit par l’aspect du poisson que par son goût même. Il va de soi que tout était accompagné d’un riz blanc et d’haricots rouges.

Après une glace coco maison (dont personne n'a retrouvé le goût coco) et un petit café, visite du village ayant peu d’intérêt. Nous retenons tout de même que l’église mérite un petit coup d’œil. Avant de repartir vers le dégrad, certains, comme Jo, se sont baignés dans la rivière de Kaw. Il a beau faire chaud, ML est restée stoïque dans l’embarcation. Le retour vers le dégrad se fait tranquillement pour y arriver à 15h00 où de nouveaux curieux de la nature attendaient pour embarquer et passer la nuit sur l’embarcation.

Nous avons repris la route de Cayenne en faisant une halte à l’Auberge du Camp des Caïmans d’où il y a un beau point de vue sur la forêt 

Montagne de Kaw - Auberge du Camp des Caïmans

; puis un nouvel arrêt aux chutes de Fourgassier. On y découvre un lieu apaisant et propice à la détente en famille. Malgré le manque d’eau (nous sommes à la fin de la saison sèche), l’endroit donne envie de s’y rafraichir.

Chutes de Fourgassier

 

PHOTOS


 

Un peu d’histoire : Les premiers habitants de la région de Kaw étaient des Amérindiens. Les vestiges d’un village, sur la montagne Favard, ont été découverts, tels que des charbons de bois, des morceaux de poteries (dont certains ont été datés au carbone 14 à 170-380 ans après JChrist) ou des restes d’outils lithiques, ainsi qu’une roche métamorphique gravée témoins de cette occupation. Jusqu’à la période coloniale, les Amérindiens étaient les seuls habitants de la région. En 1596, le premier européen, le capitaine Keymis, arrive dans la région de Kaw. Les 1ères implantations coloniales sonnent le début du déclin des Amérindiens qui sont soumis au commerce de traite et décimés par les maladies européennes. Pour des raisons religieuses et pour permettre une meilleure maîtrise, les populations Amérindiennes ont été sédentarisées. La région de Kaw est colonisée à partir du XVIII siècle. L’administrateur Lescalier interdit l’exploitation des Amérindiens dans les années 1786-89. Des centaines d’esclaves africains sont amenés dans la région afin d’effectuer les aménagements des plantations. Les «terres hautes », correspondant aux collines, étaient utilisées pour la culture (cacao, café). Le Lamentin y était chassé, salé et exporté sur Cayenne. En 1776, Louis XVI envoya en Guyane un jeune missionnaire général de la Marine, afin d’étudier les perspectives de développement de cette colonie. Ce dernier recommande l’exploitation des « terres basses », c’est-à-dire les zones marécageuses, les « terres hautes » étant épuisées. Afin d’assécher les marais, le jeune missionnaire fait appel à Samuel Guisan (suisse), ingénieur agraire et hydraulique en Guyane hollandaise, qui poldérise les rives de l’Approuague, de la Courouaïe et de la rivière de Kaw. Les plantations étaient de grandes habitations qui pouvaient abriter jusqu’à 200 personnes. On y cultive du café, du coton, des vivres, de l’indigo et parfois du roucou. Le canal Roy, rejoignant la rivière de Kaw à l’Approuague (7 Km), dont la construction débute vers 1785, a été creusé par les esclaves et s’inscrivait dans un aménagement fluvial afin de transporter les marchandises des exploitations de l’Approuague vers Cayenne sans passer par la mer en évitant ainsi une navigation dangereuse.

La révolution française provoqua l’exil des nombreux colons nobles présents dans la région, et l’abandon des habitations. La première abolition de l’esclavage en 1794 participa également à la fragilisation des exploitations.

Au 19ème siècle, les exploitations renaissent largement favorisées par le rétablissement de l’esclavage en 1802. Contrairement au siècle précédent, la canne à sucre devient la culture dominante. Divers épices, comme le poivre ou la vanille, font également l’objet de cultures. En 1819, 200 ressortissants chinois y sont installés afin de développer la culture de thé. L’expérience échoue en quelques mois, le travail étant considéré comme impossible car trop coûteux par les chinois qui demandèrent de quitter la région. L’abolition définitive de l’esclavage en 1848, met fin aux exploitations agricoles. Devant le désaccord des esclaves affranchis avec les anciens maîtres concernant le système salarial proposé, ceux-ci préfèrent partir et s’installer sur les «terres hautes ».

Le village de Kaw, situé sur un îlot sableux au milieu du marais, fut créé par les esclaves émancipés de cette région. Les bambouseraies bordant la rivière de Kaw matérialisent les anciennes habitations des colons. Les bambous étaient utilisés pour la fabrication de canaux d’irrigation, afin d’emmener l’eau dans les maisons.

Au début du 20ème siècle, l’accès au village de Kaw se faisait soit par la mer, soit en empruntant un chemin forestier entre le parking actuel de Kaw et le bourg de Roura. Dans les années 80, suite à un naufrage dramatique qui a décimé une partie d’une famille de Kaw, un chemin carrossable (CD6) a été construit. Goudronnée dans les années 90, cette route a facilité l’accès à Kaw, a entraîné une augmentation de sa fréquentation et mais aussi facilité l’exode de la population vers Cayenne. Le village de Kaw est habité aujourd’hui par une cinquantaine de personnes, vivant essentiellement du RMI, d’emplois municipaux, de la pêche et du tourisme. Elles sont d’origine Créole, Brésilienne et Surinamaise.


Sources : Les Marais de KawLe Morpho; La Réserve Naturelle Nationale des marais de Kaw Roura; Guyane Amazonie

Autres blogs : http://maguyane.over-blog.com/article-la-village-de-kaw-et-ses-marais-41188720.html https://www.floetyo.com/blog/balade-sur-les-marais-de-kaw-avec-tig-dilo/http://lesbonduenguyane.over-blog.com/2015/11/les-marais-de-kaw-incroyable.html ; http://alacroiseedeschemins.fr/2015/06/visite-des-marais-de-kaw/https://www.carnetderoute.fr/guyane/marais-de-kaw/