Sortie proposée par l'amicale professionnelle de Jo : découverte de la Crique Gabriel en pirogue. Une crique est le nom donné aux rivières en Guyane.

Rien de mieux pour repérer ce qu'il nous sera envisageable de faire les mois à venir.

Le RDV étant fixé au Wayki Village à Roura à 14h, nous en profitons pour aller pique-niquer près de l’église de Roura qui surplombe la rivière La Comté ou Oyack.

Eglise Roura 2018 10 06 

 La Comté Roura 2018 10 06 -3

Nous retrouvons le groupe pour embarquer sur une pirogue traditionnelle en bois, dirigée par un piroguier brésilien qui nous donnera des informations sur le lieu, la faune et la flore.

Cette crique proche de Cayenne (environ 35km) débouche dans le Mahury (fleuve qui se jette dans l’océan Atlantique) à la hauteur du pont de Roura à Stoupan.

Elle serpente une forêt  marécageuse luxuriante qui forme par endroit des galeries. Quelques exemples :

Le cacaoyer rivière est un arbre pouvant mesurer 18m de haut. Avant ouverture, les fleurs, qui apparaissent de décembre à mars, ressemblent à un gros bâton de vanille de 30 cm. Nous avons eu la démonstration d’une « ouverture forcée » par notre guide qui a cueillie un bâton pour le frapper violement sur la pirogue et nous avons pu voir apparaitre une fleur d’environ 20cm de diamètre. Elles s’ouvrent comme une peau de banane. Ces fleurs laissent la place à des fruits en forme de cabosse de 30cm de long où se développent des graines comestibles au goût de noisette / amande.

Joël le Piroguier 2018 10 06 -1

Le moutouchi marécage ou moutouchi rivière, qui ressemble étrangement à un fromager, est utilisé par les amérindiens pour fabriquer divers petits instruments tels que ustensiles de cuisine (cuillères, assiettes) et bouchons pour les filets de pêche. Son bois est léger et résonnant quand on le tape.

Moutouchi 2018 10 06

Des morphos sont venus nous saluer très furtivement.

Notre piroguier fait un arrêt pour nous faire une démonstration de grimper de palmier avec une corde fabriquée sous nos yeux (feuilles enroulées sur leur tige, pour former une ceinture). Il nous fait goûter un cœur de palmier.

Après un passage sous le vieux pont de bois de Dégrad-Eskol, la crique devient plus étroite, la végétation change, l’eau est d’une couleur plus ambrée, nous quittons la forêt pour une plaine de marécage et une savane inondée qui se nomment les marais Gabriel (cf. « un peu d’histoire » pour connaitre la signification de ce nom). Nous y faisons une pause Ti Punch et grenadine pour les plus petits. Nous entendons et admirons l’envol de nombreux oiseaux malheureusement effrayés par le bruit du moteur de la pirogue.

Nous n’avons pas eu la chance d’identifier ou de découvrir certains spécimens normalement présents dans cette faune.

Certains enfants présents craignaient ou espéraient voir des caïmans, mais ceux-ci ont disparus de ce marais depuis plusieurs années.

Nous avons fait demi-tour, puis 2 arrêts « plongeons » pour certains, un arrêt pour observer le ballet de singes (probablement des saïmiris) et avons prolongé la balade sur le Mahury en passant sous le pont de Roura.

Cette belle et longue balade, de 4h30 en pirogue, nous a donné envie de revenir observer dans le silence et le calme toute cette flore et cette faune. Location de canoë en projet … 

 


 

Un peu d’histoire : A l’origine, la crique Gabriel se nomme crique de Racamont ou encore de Touréné et était habitée sur son cours par les amérindiens Arouas aujourd’hui disparus. Elle a été mise en valeur par les colons français au cours du dernier quart du 17ème siècle. C’est à la période esclavagiste quelle doit son changement de nom dans des circonstances malheureuses et dramatiques. En 1712, sous la direction d’un chef du nom de Gabriel, plusieurs esclaves expriment leur mécontentement en s’installant au pied d’un grand fromager sur une des hauteurs isolées de la montagne de Kaw bordant la savane. Un détachement, commandé par un officier de milice est amené afin de les capturer. Leur campement détruit, les esclaves marrons ont demandé et obtenu grâce afin de retourner chez leurs maîtres sans avoir à subir de graves sanctions. Le sort du chef Gabriel a été pour lui totalement différent et beaucoup moins clément. Il réussit à s’évader, mais poursuivit par la troupe milicienne, il périt noyé dans les « savanes » s’étendant à perte de vue sur le marais. Le drame fut tel que le nom de Gabriel désigna bientôt la grande colline dominant le marécage. Cette grande colline est en fait plus une petite colline : son point culminant à 276m.

Cette colline marque la séparation entre les marais Gabriel et les marais de Kaw

 


Sources : Guyane Guide, Le Petit Futé, Wayki Village, Commune de Roura